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Publié le : 6 octobre 2026


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Coupure d'eau, gaz ou électricité en location

Coupure d'eau, gaz ou électricité en location

Une coupure d'eau, de gaz ou d'électricité en location place le locataire dans une situation matériellement difficile — plus de chauffage, plus d'eau courante, parfois plus de quoi cuisiner — et souvent dans l'incertitude sur ses droits. Un impayé suffit-il au fournisseur pour couper ? Un bailleur peut-il user de ce levier pour faire pression ? La réponse tient à une distinction simple : personne ne peut priver un occupant d'une fourniture essentielle sans respecter une procédure, et la trêve hivernale protège les foyers les plus fragiles. Ce guide fait le point sur qui décide, ce qui est interdit, et les recours ouverts lorsqu'une coupure est abusive.

Qui a le droit de couper l'eau, le gaz ou l'électricité ?

Une coupure n'est jamais un acte neutre : elle relève soit du fournisseur d'énergie, soit du gestionnaire de réseau, soit — et c'est le cas le plus problématique — d'une décision du bailleur. Ces trois situations n'obéissent pas aux mêmes règles.

Le fournisseur (EDF, Engie, un opérateur alternatif) est le seul à pouvoir interrompre la fourniture pour un motif contractuel, c'est-à-dire principalement un impayé. Encore doit-il le faire dans un cadre légal strict, examiné plus bas.

Le gestionnaire de réseau (Enedis pour l'électricité, GRDF pour le gaz) peut, lui, intervenir pour des raisons techniques ou de sécurité : incident, travaux, danger immédiat. Une telle interruption n'a rien à voir avec la situation de paiement du locataire.

Le bailleur, enfin, n'a aucun pouvoir de coupure. Il n'est pas le fournisseur : il ne peut pas demander l'arrêt des branchements ni agir sur les compteurs pour sanctionner un retard de loyer. Confondre loyers et abonnements énergie est l'erreur la plus fréquente — et la plus sanctionnée.

Pour l'eau, le raisonnement est identique : le service des eaux peut couper pour impayé de facture d'eau, dans un cadre encadré, mais le propriétaire n'a pas de droit de coupure sur une fourniture qu'il ne distribue pas.

Coupure pour impayés : ce que le fournisseur peut faire

Le fournisseur d'énergie n'a pas les mains libres. La loi n° 2013-312 du 15 avril 2013, dite loi Brottes, a posé le principe d'un maintien de la fourniture d'énergie aux personnes en situation de précarité, et encadré la procédure de réduction puis de coupure. Le code de l'énergie en fixe les étapes.

Avant toute coupure, le fournisseur doit :

  • relancer le client et lui adresser une mise en demeure ;
  • proposer un échelonnement de la dette ;
  • transmettre le dossier aux services sociaux compétents (le conseil départemental), qui peuvent solliciter une aide (fonds de solidarité logement, chèque énergie) ;
  • respecter un délai entre la mise en demeure et l'intervention.

La réduction de puissance (passage à 1 kVA par exemple) est une alternative à la coupure totale, mais elle reste soumise aux mêmes garanties. Une coupure qui interviendrait sans mise en demeure, sans proposition d'échelonnement ou sans saisine des services sociaux est irrégulière.

Bon à savoir : un locataire qui a souscrit lui-même le contrat est le client du fournisseur. Le bailleur n'est pas partie à ce contrat et ne peut pas exiger une coupure à sa place.

Trêve hivernale et coupures d'énergie : du 1er novembre au 31 mars

La trêve hivernale est le point central de la protection. Du 1er novembre au 31 mars, les coupures d'énergie pour impayés sont en principe interdites. Cette interdiction vise à éviter qu'un foyer soit privé de chauffage et d'eau chaude pendant les mois les plus froids.

La trêve s'applique quelle que soit la situation : locataire ou propriétaire, logement individuel ou collectif. Elle ne constitue pas une annulation de la dette — celle-ci reste due — mais une suspension des poursuites et de la coupure.

Situation Le fournisseur peut-il couper ?
Impayé, hors trêve hivernale Oui, après mise en demeure, échelonnement et saisine des services sociaux
Impayé, pendant la trêve (1er nov. – 31 mars) Non, en principe interdit
Décision du bailleur pour loyer impayé Non, jamais
Danger immédiat (fuite de gaz, installation dangereuse) Oui, sans délai, pour raison de sécurité

La protection ne se limite pas à la trêve : le fournisseur doit aussi tenir compte de la présence de personnes vulnérables au foyer. Les détails de dates et les prolongations éventuelles sont à vérifier chaque année sur le site service-public.fr.

Coupure décidée par le bailleur : ce qui est interdit

C'est le scénario que redoutent le plus les locataires en difficulté, et c'est aussi le plus illégal. Un bailleur qui coupe volontairement l'eau, le gaz ou l'électricité pour contraindre un locataire à payer manque à son obligation de délivrance : le logement doit rester décent et habitable pendant toute la durée du bail (article 6 de la loi du 6 juillet 1989).

Au-delà du droit civil, la coupure de fourniture essentielle pour faire pression peut constituer :

  • une voie de fait, que le juge peut sanctionner même en référé ;
  • une infraction pénale, notamment lorsque la coupure expose une personne vulnérable à un danger ;
  • un motif de dommages et intérêts pour le préjudice subi (nuitées d'hôtel, nourriture, atteinte à la santé, troubles de jouissance).

Le bailleur dispose d'une voie légale unique pour les loyers impayés : la procédure d'impayés, avec commandement de payer, saisine du juge, et éventuellement clause résolutoire. Cette procédure est détaillée dans notre article Loyer impayé : la procédure du bailleur. Couper l'énergie n'est pas une alternative rapide : c'est un détournement de procédure.

Charges, régularisation et impayés : quand la coupure menace

Toutes les dettes ne se valent pas. Il faut distinguer ce qui relève du contrat d'énergie et ce qui relève du bail.

  • Impayé de loyer ou de charges (dont la régularisation annuelle) : relève du bailleur, qui doit passer par la procédure judiciaire. Jamais de coupure.
  • Impayé de facture d'énergie : le locataire est client du fournisseur ; c'est ce dernier qui peut enclencher la procédure, trêve hivernale comprise.
  • Charges collectives comprenant l'énergie : le bailleur ou le syndic répercute des charges, mais ne peut pas couper un logement pour un défaut de paiement de ces charges.

Une régularisation de charges importante peut donner l'impression d'une dette insurmontable. Dans ce cas, la démarche utile n'est pas d'attendre la coupure, mais de demander un échelonnement, de saisir un service social ou une association de consommateurs, et de vérifier le décompte de la régularisation. Le locataire peut aussi consulter ses droits locatifs via notre dossier Droits du locataire.

Recours du locataire victime d'une coupure abusive

Face à une coupure injustifiée, la réaction doit être rapide et documentée.

  1. Constat. Notez la date et l'heure de la coupure, la durée, les conséquences (absence de chauffage, d'eau chaude, de cuisson). Photographiez le compteur, les courriers reçus, les échanges de messages.
  2. Mise en demeure. Adressez au fournisseur ou au bailleur une lettre recommandée demandant le rétablissement immédiat sous un délai court, en rappelant la procédure applicable.
  3. Saisine amiable. Le service de dépannage d'urgence du fournisseur peut intervenir en cas de coupure immotivée ; la commission de médiation ou le défenseur des droits peut être saisi en cas de litige persistant.
  4. Justice. Le juge des référés peut ordonner le rétablissement sous astreinte, tant la mesure est urgente. Au fond, le juge peut accorder des dommages et intérêts.

Si la coupure vient d'un bailleur, le raisonnement est plus favorable encore au locataire : c'est un manquement au bail, et le juge n'a pas à arbitrer une dette de loyer pour constater l'illégalité de la coupure. Une coupure illégale ouvre droit à réparation du préjudice subi.

Coupure d'urgence pour raison de sécurité

Toutes les interruptions ne sont pas fautives. Lorsqu'un danger immédiat est constaté — fuite de gaz, installation électrique dangereuse, risque d'incendie —, le gestionnaire de réseau ou le fournisseur peut couper sans délai. C'est une mesure de sécurité, pas une sanction.

Ces coupures doivent rester exceptionnelles, motivées et traçables. Le locataire a droit à une information sur la cause et sur les conditions de rétablissement. Si l'intervention découle d'une installation défectueuse que le bailleur devait entretenir, sa responsabilité peut être engagée.

Questions fréquentes sur les coupures

Le fournisseur peut-il couper l'électricité d'un locataire qui ne paie pas ?

Oui, mais dans un cadre strict : mise en demeure préalable, proposition d'échelonnement, saisine des services sociaux et respect d'un délai avant intervention. Pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, la coupure pour impayés est en principe interdite.

Le bailleur peut-il couper l'eau ou l'électricité d'un locataire ?

Non. Couper volontairement une fourniture essentielle pour faire pression sur un locataire est interdit et peut être qualifié d'infraction. Le bailleur doit passer par la procédure d'impayés, avec commandement de payer et saisine du juge, et non par une coupure.

Que faire en cas de coupure abusive ?

Documentez précisément la coupure (date, heure, durée, conséquences), saisissez le fournisseur ou le bailleur par écrit en demandant le rétablissement, puis la commission de médiation ou le juge. Le juge des référés peut ordonner le rétablissement sous astreinte, et une coupure illégale ouvre droit à réparation du préjudice.

La trêve hivernale annule-t-elle la dette d'énergie ?

Non. La trêve, du 1er novembre au 31 mars, suspend la coupure mais n'efface pas la dette. Celle-ci reste due et peut être réclamée à la sortie de la trêve. Il est donc préférable de solliciter un échelonnement ou une aide (fonds de solidarité logement, chèque énergie) pendant cette période.

Une coupure pour travaux ou incident technique est-elle contestable ?

Une interruption pour incident ou travaux est légale dès lors qu'elle est nécessaire et annoncée. Elle ne relève pas d'un impayé. Si elle se prolonge anormalement ou résulte d'un équipement que le bailleur devait entretenir, le locataire peut demander des explications et, le cas échéant, une indemnisation.

Ce qu'il faut retenir

Une coupure d'eau, de gaz ou d'électricité en location n'est jamais une sanction libre. Le fournisseur doit suivre une procédure et respecter la trêve hivernale ; le bailleur, lui, n'a aucun droit de coupure. En cas de coupure abusive, documentez, mettez en demeure, puis saisissez la médiation ou le juge : le rétablissement peut être ordonné rapidement, et le préjudice réparé.

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Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique.

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