Jean - Content Manager
Jean

Content Manager


Publié le : 14 septembre 2026


Partager :


Et si vous nous rejoigniez ?

Moisissure et humidité dans le logement : que faire ?

Moisissure et humidité dans le logement : que faire ?

Des taches noires apparaissent dans un angle du mur, au-dessus d'une fenêtre ou derrière une armoire, et une odeur de renfermé s'installe ? La moisissure et l'humidité dans le logement ne relèvent pas du simple entretien : elles peuvent rendre le bien indécent au sens de la loi, et engager la responsabilité du bailleur. Encore faut-il savoir d'où vient le désordre, qui doit agir, et par quelles étapes un locataire peut faire valoir ses droits.

Moisissure et humidité : quand le logement est-il indécent ?

Le point de départ est l'article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : le bailleur est tenu de délivrer au locataire un logement décent, et de le maintenir en état de servir à l'habitation pendant toute la durée du bail. Les critères de cette décence sont fixés par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002.

Ce texte impose notamment au logement :

  • d'être exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites ;
  • de ne pas laisser apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé des occupants ;
  • d'être muni d'un dispositif d'aération et de ventilation conforme aux règles en vigueur ;
  • de présenter une étanchéité suffisante et de permettre un usage normal des pièces.

Des moisissures qui colonisent les murs, les plafonds, les menuiseries ou les coins de pièces constituent un indice sérieux de non-décence, en particulier lorsqu'elles reviennent après nettoyage ou qu'elles s'accompagnent d'une condensation permanente. Le sujet n'est pas seulement esthétique : une humidité persistante favorise le développement des acariens et des moisissures, et aggrave les pathologies respiratoires — asthme, allergies, irritations des voies respiratoires. C'est ce lien avec la santé qui fait basculer un désagrément en manquement du bailleur.

Il faut toutefois rester précis : toute trace d'humidité ne rend pas un logement indécent. Quelques taches ponctuelles dans une salle de bains mal aérée peuvent relever d'un défaut d'entretien ou d'aération imputable à l'occupant. Le juge apprécie au cas par cas l'ampleur du désordre, sa cause et sa durée. Le cadre général de la décence est détaillé par l'ANIL, dont les fiches pratiques font référence — voir aussi notre guide sur les critères du logement décent.

Quelles sont les obligations du bailleur face à l'humidité ?

L'obligation du bailleur ne s'arrête pas à la remise des clés : elle dure tout le bail. Face à une humidité structurelle, il doit identifier l'origine du désordre et y remédier.

Entrent dans son champ, notamment :

  • les infiltrations liées à un défaut d'étanchéité de la toiture, des murs, des fenêtres ou des terrasses ;
  • les remontées capillaires et les fuites de canalisations ou d'évacuations ;
  • l'insuffisance ou la défaillance du système de ventilation (VMC, grilles, conduits) ;
  • le défaut d'isolation provoquant une condensation massive sur les parois froides ;
  • les suites d'un dégât des eaux non traité.

À l'inverse, la loi met à la charge du locataire l'entretien courant du logement et le respect de sa destination, définis par l'article 7 de la loi de 1989 et par le décret n° 87-712 du 26 août 1987 pour les réparations locatives. Cela comprend le nettoyage, l'aération des pièces et le bon usage des équipements — mais pas la remise en état d'une ventilation vétuste ni la réparation d'une toiture qui fuit.

Lorsque le logement est dégradé au point de présenter un danger pour la santé, un autre cadre s'active : celui du logement insalubre, régi par le code de la santé publique (articles L. 1331-26 et suivants). Le signalement peut alors être adressé au préfet de département ou à l'agence régionale de santé, qui diligentent une enquête et peuvent ordonner des mesures, y compris des travaux d'office aux frais du propriétaire. Cette voie est plus lourde, mais elle existe quand le bailleur reste inerte.

Ce que le locataire doit faire (et ne pas faire) face aux moisissures

La première erreur est de laisser le problème s'installer sans écrire. Un désordre signalé oralement est difficile à prouver ; un signalement écrit et daté change tout.

Ce qu'il faut faire :

  • avertir le bailleur par écrit dès les premiers signes, en décrivant les pièces concernées et l'étendue des taches ;
  • photographier les désordres, avec une date visible, et renouveler les prises de vue pour montrer leur évolution ;
  • conserver les échanges (courriers, courriels, SMS) ;
  • continuer à aérer et à chauffer normalement, pour ne pas aggraver les choses ;
  • solliciter un constat, par exemple par commissaire de justice, si le litige s'installe.

Ce qu'il faut éviter :

  • repeindre ou masquer les taches, ce qui efface la preuve et peut reporter la responsabilité sur le locataire ;
  • boucher les grilles de ventilation ou les entrées d'air, ou condamner une VMC, même si elles apportent de l'air froid ;
  • cesser unilatéralement de payer le loyer : la retenue de loyer n'est pas un droit d'auto-défense, et l'impayé peut justifier une procédure à l'encontre du locataire ;
  • entreprendre soi-même des travaux lourds (démolition, reprise d'étanchéité, réfection d'un conduit), qui restent à la charge du bailleur et peuvent engager la responsabilité de celui qui les réalise.

Le bon réflexe est de tracer par écrit, puis de laisser la discussion ouverte : beaucoup de bailleurs réagissent à une mise en demeure qui rappelle leurs obligations légales.

Ventilation, aération, chauffage : prévenir l'humidité au quotidien

Une partie de l'humidité relève de l'usage. Quelques habitudes réduisent nettement le risque :

Geste Bonne pratique Effet
Aérer ouvrir en grand 10 à 15 minutes matin et soir, même en hiver renouvelle l'air et évacue la vapeur d'eau
Chauffer maintenir toutes les pièces à environ 18–19 °C limite la condensation sur les parois froides
Ventiler ne jamais obturer les grilles ni couper la VMC évacue en continu l'humidité des pièces d'eau
Sécher le linge privilégier l'extérieur ou une pièce ventilée évite de relâcher plusieurs litres d'eau dans l'air
Entretenir nettoyer les bouches d'extraction et dépoussiérer les grilles maintient le débit de ventilation
Cuisiner couvrir les casseroles et utiliser la hotte réduit la vapeur d'eau à la source

Ces gestes ne suffisent pas si le désordre est structurel : une VMC encrassée, un conduit obstrué ou une isolation absente ne se corrigent pas par l'aération du locataire. Mais ils écartent l'argument inverse — celui d'un occupant qui n'aurait rien fait pour limiter la condensation.

Quels travaux pour traiter une moisissure, et qui paie ?

La réponse dépend entièrement de l'origine. Le traitement d'une moisissure commence par un diagnostic : la cause est-elle dans le bâti ou dans l'usage ?

Le tableau suivant récapitule la répartition des responsabilités selon l'origine de l'humidité.

Origine du désordre Intervenant responsable Nature des travaux
Infiltration par la toiture, les murs, les fenêtres ou une terrasse Bailleur Reprise d'étanchéité, réparation de la couverture, remplacement de menuiseries défaillantes
Fuite de canalisation ou d'évacuation, dégât des eaux Bailleur (voire assurance) Recherche et réparation de la fuite, séchage et remise en état
Ventilation insuffisante ou hors service (VMC, conduit obstrué) Bailleur Réparation, remplacement ou mise aux normes du système de ventilation
Remontées capillaires, paroi froide non isolée Bailleur Traitement des remontées, isolation de la paroi
Condensation liée au manque d'aération ou au linge séché à l'intérieur Locataire Aération quotidienne, changement d'habitudes
Salissures et entretien courant des bouches de ventilation, ménage Locataire Nettoyage et petit entretien

Quand les travaux relèvent du bailleur, deux cas de figure se présentent. Soit il les exécute, et le logement doit être remis en état décent dans un délai raisonnable. Soit il refuse ou tarde, et le locataire peut l'y contraindre par la voie judiciaire. Le juge peut ordonner les travaux nécessaires sous astreinte, c'est-à-dire assortis d'une somme due par jour de retard — une faculté prévue par l'article 20-1 de la loi de 1989. Les modalités de ces travaux pendant le bail sont détaillées dans notre article sur les travaux du bailleur pendant le bail.

Enfin, gardez en tête que le nettoyage curatif (traitement fongicide, remplacement de revêtements moisis) ne règle rien si la cause persiste : sans traitement de l'origine, les moisissures reviennent en quelques semaines.

Recours du locataire : mise en demeure, conciliation, juge

Face à un bailleur qui ne fait rien, la loi organise un parcours gradué et gratuit dans ses premières étapes.

1. Le signalement écrit. Décrire les désordres, joindre les photos, demander les travaux. Un courriel suffit pour commencer ; une lettre recommandée est préférable si rien ne bouge.

2. La mise en demeure. Adressée par lettre recommandée avec accusé de réception, elle fixe un délai raisonnable pour exécuter les travaux et rappelle l'obligation de décence. C'est la pièce qui matérialise la défaillance du bailleur.

3. La commission départementale de conciliation. Saisie gratuitement par l'une des parties, elle tente un accord amiable. Sa saisine est un passage obligé dans de nombreux litiges locatifs, et son procès-verbal constitue une preuve utile.

4. Le juge des contentieux de la protection. En cas d'échec, le tribunal judiciaire peut ordonner les travaux sous astreinte, accorder au locataire une réduction de loyer, autoriser la consignation des loyers ou allouer des dommages-intérêts. Le juge peut aussi prononcer la résiliation du bail aux torts du bailleur lorsque le logement n'est plus habitable.

Deux points de vigilance. D'une part, la réduction de loyer n'est pas automatique : elle est décidée par le juge en fonction du préjudice, et elle ne se pratique pas soi-même en retenant unilatéralement une partie du loyer. D'autre part, la résiliation aux torts du bailleur et un éventuel départ ne s'improvisent pas : il faut saisir le juge, sous peine de se voir reprocher une rupture abusive du bail. Les étapes et les modèles de courrier sont récapitulés par service-public.fr.

Questions fréquentes

Qui est responsable des moisissures dans un logement ?

Cela dépend de leur origine. Un défaut de ventilation, d'étanchéité ou d'isolation relève du bailleur ; un manque d'aération ou un linge séché à l'intérieur imputable au locataire reste à sa charge. Un logement envahi de moisissures peut, en outre, être qualifié d'indécent.

Que faire si le propriétaire ne fait rien ?

Envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, puis saisir la commission départementale de conciliation, puis, en dernier ressort, le juge. Une réduction de loyer ou des dommages-intérêts peuvent être demandés.

Le locataire peut-il partir à cause des moisissures ?

Il peut d'abord demander des travaux, une réduction de loyer ou des dommages-intérêts. En revanche, la résiliation du bail aux torts du bailleur suppose de saisir le juge : quitter les lieux sans décision de justice expose à des reproches de départ non justifié.

Peut-on retenir son loyer tant que les travaux ne sont pas faits ?

Non. La retenue unilatérale de loyer n'est pas autorisée et peut fonder une procédure pour impayé. Seul le juge peut ordonner la suspension ou la consignation des loyers, dans le cadre d'un litige sur la décence.

Louer un logement sain avec Jimmi

Louer entre particuliers ne signifie pas renoncer à un logement sain. Sur Jimmi, les annonces sont publiées directement par les propriétaires, avec un accompagnement sur les obligations de décence, la vérification des dossiers et la signature électronique du bail. Pour un propriétaire, c'est aussi l'assurance de louer dans un cadre clair : publier une annonce sur Jimmi prend quelques minutes, sans frais d'agence, avec des outils qui sécurisent la mise en location.

Conclusion

La moisissure et l'humidité dans le logement ne se traitent pas par l'usure ou par le silence. La démarche qui protège le locataire tient en trois temps : établir l'origine du désordre, la signaler par écrit, puis, si le bailleur reste inactif, activer les recours — mise en demeure, conciliation, juge. Côté bailleur, la règle est symétrique : un logement décent est une obligation qui dure tout le bail, et l'ignorer expose à des travaux sous astreinte, à une réduction de loyer et à des dommages-intérêts.

Pour approfondir, consultez notre guide sur le logement décent et l'ensemble de nos articles sur les droits des locataires.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique.

© Jimmi | Copyright 2026